NOTE D'INTENTION
Dossier de production
Ce spectacle documenté musical et théâtral met en lumière la créativité et le talent des femmes du jazz entre 1922 et 1940 aux Etats-Unis, plus précisément à New York, en lien avec le Cotton Club et Duke Ellington.
A l’adresse des jeunes, adolescents et adultes qui connaissent ou non cette musique, ce spectacle remet le contexte historique et sociétal des femmes noires aux Etats-Unis à cette époque. Par la musique et la relation entre les grandes figures masculines du jazz et une vendeuse de cigarettes sans histoire, le public prend part aux émotions que toutes ces femmes, incarnées par une seule femme sur scène, ont pu vivre afin de pouvoir se faire entendre et se faire respecter dans une société à dominance masculine et blanche. Comment ont-elles réussi à (sur)vivre de leur passion? C’est la réponse à laquelle ce spectacle tente de répondre.
Pour aller plus loin, ce récit est aussi une volonté de proposer un écho aux questionnements qui soulèvent aujourd'hui le milieu artistique et musical, et plus largement la société toute entière:quelle visibilité pour les femmes? A-t-on atteint une certaine égalité des opportunités? Et les hommes, comment se sentent-ils dans ce rapport chamboulé ? Où se situent les rapports de pouvoirs? Les femmes sont-elles les seules à les subir? C'est à ces questions que le spectacle se frotte, et invite le public à y réfléchir avec lui.

Duke Ellington (seated at the piano) and Ivie Anderson with the Duke Ellington Orchestra. Photo credits: Unknown. Source: The Great American Songbook Foundation. Ivie Anderson became the first full-time vocalist in the Duke Ellington Orchestra in 1931. Source: Wikipedia



Valaida Snow was a jazz musician and entertainer. In a Swedish advertisement when she toured Scandinavia. Source: Wikipedia
Lena Horne was a singer, actress, dancer, and civil rights activist.Source: Hub Pages. Lena Horne Biography by Coolmon2009.
Mary Lou Williams was a jazz pianist, arranger, and composer. Source: Wikipedia. Photo credits: William P. Gottlieb/ Adam Cuerden
King Oliver's Creole Jazz Band. From left to right: Honoré Dutrey, Baby Dodds, King Oliver (standing trumpet), Louis Armstrong, Lilian Hardin, Bill Johnson, Johnny Dodds. Chicago, 1923. Photo credits: Gilles Petard Collection/Getty Images Lilian Hardin Armstrong was a jazz pianist, composer, arranger, singer, and bandleader. She was the second wife of Louis Armstrong. Source: Wikipedia

Duke Ellington, American pianist and composer.
Photo credits: Wikipedia

Sister Rosetta Tharpe, American signer, guitar player and song writer. Photo credits: Unknown.

Jean Baptiste Perez et Clara Boffy. Compagnie (Un)Sophisticated Ladies. Photo credits: Chateau de Goutelas
LES HOMMES DU JAZZ 1920-1940
Entre 1920 et 1940, New York est marqué par de profondes transformations et tensions. Les Noirs subissent ségrégation et racisme, même si la Renaissance de Harlem fait émerger une riche culture artistique. La diversité religieuse augmente avec les vagues d'immigration, mais entraîne des tensions intercommunautaires. La mafia, dirigée par des figures comme Lucky Luciano, domine le crime organisé, influençant économie et politique locales. La Grande Dépression de 1929 plonge la ville dans une récession sévère, exacerbant la pauvreté et les inégalités. Malgré ces défis, le jazz et le swing deviennent des symboles d'espoir et de résilience culturelle.
New York voit alors émerger de grandes figures masculines du jazz. Duke Ellington, avec son orchestre, révolutionne la scène du Cotton Club. Louis Armstrong, pionnier du jazz, apporte son style unique de trompette et de chant. Count Basie, célèbre pianiste et chef d'orchestre, influence le swing. Coleman Hawkins, saxophoniste, établit de nouveaux standards pour son instrument. Benny Goodman, "le Roi du Swing", popularise le jazz auprès du grand public. On s’inspire aussi de Cab Calloway, Fats Waller, pianiste et compositeur, Art Tatum, virtuose du piano, Charlie Parker, innovateur du bebop, Dizzy Gillespie, trompettiste influent, et Jelly Roll Morton, pionnier du jazz et compositeur prolifique.
LES FEMMES DU JAZZ 1920-1940
Mais alors quelles sont les musiciennes et compositrices de l'époque que l'on cite dans les revues artistiques mais très peu dans les grands conservatoires de musique? Souvent des chanteuses. Qu'en est-il de ces compositrices et grandes musiciennes qui façonnent, de façon toute aussi significative, la musique jazz de l'époque mais dont on entend que très peu parler en France. Mary Lou Williams, pianiste à l'oreille absolue et grande compositrice, Valaida Snow, trompettiste et grande femme d'affaires, Lilian Hardin Armstrong, pianiste, compositrice, arrangeuse, chef d'orchestre, gestionnaire de carrière pour son mari, et qui, aux yeux des média, reste, avant tout, la seconde épouse de Louis Armstrong... Et Lena Horne, en plus d'être chanteuse, actrice et danseuse, milite pour les droits civiques.
Les anecdotes historiques de ces dames nourrissent les scènes du spectacles où notre vendeuse de cigarette incarne les combats et pièges tendus par les grandes figures masculines de l'époque. Le spectateur prend part dans les décisions que la vendeuse droit prendre pour arriver à ses fins : doit-elle affronter ou se plier? Comment peut-elle faire passer ses messages, ses oeuvres? Comment peut-elle utiliser sa voix pour enfreindre les interdictions ?
UN SPECTACLE AVANT TOUT
Les anecdotes historiques de ces dames nourrissent les scènes du spectacles de façon humoristique presque burlesque où notre vendeuse de cigarette incarne les combats et pièges tendus par les grandes figures masculines de l'époque. Le spectateur prend alors part dans les décisions que la vendeuse droit prendre pour arriver à ses fins : doit-elle confronter ou se plier? Séduire pour démontrer? Comment fera-t-elle passer ses oeuvres au grand public? Comment peut-elle utiliser sa voix pour enfreindre les interdictions? Plusieurs tentatives sont nécessaires et surtout beaucoup de patience et de résilience, "Patience and Fortitude".
Billie Holiday
Chanteuse majeure du jazz des années 1930-40, Billie Holiday révolutionne l’interprétation en transformant la voix en instrument rythmique. Son phrasé libre et intime influence durablement les chanteurs de jazz. En abordant aussi des thèmes sociaux comme le racisme avec Strange Fruit, elle affirme l’autorité artistique d’une femme noire dans un milieu dominé par des hommes.
Lil Hardin Armstrong
Pianiste, compositrice et cheffe d’orchestre, Lil Hardin Armstrong est une figure centrale du jazz de Chicago. Membre des Hot Five avec Louis Armstrong, elle compose plusieurs standards et contribue à orienter la carrière de son mari. En dirigeant ses propres groupes, elle montre qu’une femme peut occuper des rôles de création et de direction dans le jazz.
Mary Lou Williams
Pianiste et compositrice prodige, Mary Lou Williams traverse l’histoire du jazz du swing au bebop. Arrangeuse pour de grands orchestres, elle compose des œuvres ambitieuses et devient mentor pour de jeunes musiciens. Son autorité musicale et sa longévité démontrent qu’une femme peut être une innovatrice majeure dans un univers dominé par les hommes.
Sister Rosetta Tharpe
Guitariste et chanteuse mêlant gospel, swing et blues, Sister Rosetta Tharpe introduit la guitare électrique et un style énergique qui influencera le rhythm and blues et le rock. Artiste charismatique et virtuose, elle prouve qu’une femme peut occuper la scène comme instrumentiste principale et inspirer toute une génération de musiciens.
Adelaide Hall
Chanteuse et pionnière du scat, Adelaide Hall se fait connaître avec l’orchestre de Duke Ellington dans les années 1920. Sa voix expressive et son sens de l’improvisation contribuent à populariser le jazz vocal. Par sa carrière internationale et son élégance scénique, elle participe à la reconnaissance des chanteuses noires dans le monde du spectacle.
Ethel Waters
Chanteuse et actrice, Ethel Waters traverse les styles du blues au jazz puis à la comédie musicale. Sa voix expressive et sa présence scénique marquent les années 1920-30. Première femme noire à connaître un succès important à Broadway et au cinéma, elle ouvre des perspectives professionnelles plus larges pour les artistes afro-américaines.
Florence Mills
Star de la revue Shuffle Along et icône de la Renaissance de Harlem, Florence Mills séduit par son charme et son sens du swing. Sa carrière internationale dans les années 1920 contribue à faire connaître les spectacles afro-américains en Europe. Elle incarne une nouvelle image d’artiste noire respectée et admirée.
Lena Horne
Chanteuse et actrice, Lena Horne devient une figure majeure du jazz et de Hollywood dans les années 1940. Sa voix raffinée et son engagement contre la ségrégation contribuent à transformer la représentation des femmes noires dans le spectacle. Elle impose une image élégante et indépendante de la chanteuse de jazz.
Uma Mae Carlisle
Chanteuse et pianiste active dans les années 1930-40, Uma Mae Carlisle se distingue par son style léger et sophistiqué. Elle enregistre avec plusieurs orchestres de swing et apparaît à la radio et au cinéma. Sa carrière illustre l’élargissement des rôles offerts aux femmes dans le jazz populaire.
Dorothy Fields
Parolière prolifique à Broadway et à Hollywood, Dorothy Fields écrit de nombreux standards avec Jerome Kern ou Jimmy McHugh. Ses textes pleins d’esprit et de modernité contribuent à l’essor de la chanson américaine liée au jazz. Dans un milieu dominé par des hommes, elle s’impose comme l’une des grandes plumes de la musique populaire.
Ivory (Ivory Joe) Anderson
Ivie Anderson est la chanteuse vedette de l’orchestre de Duke Ellington dans les années 1930. Sa voix souple et expressive donne vie à des standards comme It Don’t Mean a Thing. En tant que soliste essentielle d’un grand orchestre, elle démontre l’importance artistique des chanteuses dans le développement du jazz.
Blanche Calloway
Chanteuse et cheffe d’orchestre, Blanche Calloway dirige l’un des rares big bands féminins des années 1930. Sœur de Cab Calloway, elle développe une carrière indépendante comme chanteuse swing et leader. Son rôle de dirigeante d’orchestre contribue à briser les barrières pour les femmes instrumentistes et chefs de groupe.
Valaida Snow
Surnommée « Little Louis », Valaida Snow est une trompettiste virtuose, chanteuse et danseuse. Active dans les années 1930, elle se produit en Europe et aux États-Unis. Sa maîtrise d’un instrument rarement associé aux femmes montre qu’elles peuvent être des instrumentistes de premier plan dans le jazz.
Bessie Smith
Surnommée « l’Impératrice du blues », Bessie Smith domine les années 1920 avec une voix puissante et expressive. Ses enregistrements influencent profondément le jazz et le blues. Son succès commercial et son autorité artistique montrent qu’une femme noire peut devenir une figure centrale de la musique populaire américaine.
Dorothy Dandridge
Chanteuse et actrice, Dorothy Dandridge commence dans des ensembles vocaux avant de devenir une star de cinéma et de cabaret. Son style sophistiqué et sa carrière internationale participent à l’évolution de l’image des chanteuses afro-américaines dans le jazz et le spectacle.
The Boswell Sisters
Trio vocal composé de Connee, Vet et Martha Boswell, elles révolutionnent l’harmonie vocale dans les années 1930. Leurs arrangements complexes, pleins de swing et d’humour, influencent des groupes comme les Andrews Sisters. Elles montrent que des femmes peuvent être innovatrices dans l’arrangement et l’interprétation du jazz vocal.
Mahalia Jackson
Grande voix du gospel, Mahalia Jackson influence profondément le jazz et la musique afro-américaine par son intensité expressive. Bien que centrée sur le sacré, son style inspire de nombreux chanteurs de jazz et de soul. Sa puissance vocale et son autorité artistique renforcent la visibilité des femmes dans la musique noire américaine.
Ella Fitzgerald
Surnommée « First Lady of Song », Ella Fitzgerald s’impose dès la fin des années 1930 avec l’orchestre de Chick Webb. Sa maîtrise exceptionnelle du scat, sa justesse et sa virtuosité rythmique révolutionnent le chant jazz. Dans les années 1940, elle devient l’une des voix majeures du swing et contribue à faire reconnaître les chanteuses comme de véritables improvisatrices, au même titre que les instrumentistes.